Journal de Guinée
--- Dernière Minute ---
Gouvernement : Mamadi Doumbouya reprend le contrôle de l'outil de gestion des décrets et arrêtés | Bienvenue sur le nouveau portail du Journal de Guinée!
Société

Massacre du 28 septembre 2009 : la FIDH exige que la justice aille jusqu’au bout

Lors d’une conférence de presse organisée le 28 septembre à Conakry pour commémorer les 17 ans des évènements de 2009, la Fédération internationale po...

A

Admin User

Sep 30, 2026 at 12:43

f t
Massacre du 28 septembre 2009 : la FIDH exige que la justice aille jusqu’au bout

Lors d’une conférence de presse organisée le 28 septembre à Conakry pour commémorer les 17 ans des évènements de 2009, la Fédération internationale pour les droits humains a salué la tenue du procès. L’organisation exprime cependant des inquiétudes quant à la suite du processus judiciaire, à l’indemnisation des victimes et, au-delà, à la situation des libertés publiques en Guinée.

Dix-sept ans après les massacres du 28 septembre 2009, la soif de justice est encore là, presque intacte. La FIDH bien que satisfaite de l’organisation du procès et des arrêts rendus dans cette affaire il y a deux ans, demande aux autorités guinéennes à poursuivre, jusqu’à leur terme, les procédures judiciaires engagées contre les responsables présumés de ces crimes. Pour Alexis Deswaef, président de la FIDH, le processus ne peut s’arrêter au jugement déjà rendu : « Nous leur avons fait part de notre satisfaction du chemin parcouru avec ce procès pour les crimes contre l’humanité commis dans le stade du 28 septembre, et à la fois leur faire part de notre inquiétude que ce processus de justice n’aille pas au bout. »

Le premier jugement rendu avait abouti à de lourdes condamnations. Mais la grâce présidentielle accordée au principal condamné, Moussa Dadis Camara, alors que le processus judiciaire n’était pas totalement achevé, les décès en détention des accusés Claude Pivi et Aboubacar Diakité dit Toumba, continuent de susciter des interrogations au sein des organisations de défense des droits humains. La FIDH appelle à l’ouverture des procès en appel des accusés : « Maintenant, il n’y a plus d’excuses. Il n’y a plus de raison d’attendre. Cette attente pour les victimes devient insupportable », a déclaré Alexis Deswaef. Il affirme avoir porté ce message auprès du Premier ministre Amadou Oury Bah, au procureur général près la Cour d’appel de Conakry, Fallou Doumbouya. Alexis Deswaef laisse entendre qu’il n’est pas exclu que la Cour pénale internationale reprenne l’affaire en main : « Le but, c’est que les autorités judiciaires guinéennes jugent cette affaire. Et sinon, il y aura la CPI. »

Les victimes et le stade rénové

La question de la mémoire occupe également une place centrale dans le message de la FIDH. Alors que le stade du 28-Septembre a fait peau neuve et devait être inauguré à la veille du match Guinée-Kenya, Alexis Deswaef interpelle les autorités sur le devoir de mémoire : « Quelle place allez-vous réserver aux victimes du massacre du 28 septembre 2009 dans ce même stade ? » Le président de la FIDH demande notamment si une plaque commémorative ou un espace dédié aux victimes est prévu dans le cadre de la rénovation du stade. Il estime que la modernisation de l’infrastructure ne doit pas faire disparaître la mémoire du massacre qui s’y est produit. L’enjeu, insiste-t-il, est de permettre aux victimes et à leurs familles de participer à ce travail de mémoire et de rappeler, à travers ce lieu, que de « tels événements ne doivent plus jamais » se reproduire.

L’indemnisation pose problème

La question de l’indemnisation demeure, elle aussi, au cœur des préoccupations. Asmaou Diallo, présidente de l’Association des victimes, parents et amis du 28 septembre 2009 (AVIPA), affirme qu’en mai 2026, « moins de 200 victimes auraient effectivement reçu une indemnisation », alors que les critères, les modalités et le calendrier du processus restent insuffisamment lisibles pour de nombreuses familles. Et surtout qu’au début du procès, pas moins de 700 victimes étaient répertoriées. Face à cette situation, l’AVIPA réclame la publication d’un état actualisé du processus d’indemnisation, une communication claire sur les critères retenus ainsi qu’un accès effectif aux mécanismes de recours. L’association demande également que toutes les victimes dûment constituées soient prises en compte, sans discrimination. Pour la FIDH et l’AVIPA, le procès du 28-Septembre ne saurait constituer l’aboutissement du processus. Les victimes doivent être reconnues et indemnisées.

Libertés publiques : la FIDH tire la sonnette d’alarme

Au-delà du dossier du 28-Septembre, c’est la restriction de l’espace civique et démocratique en Guinée qui inquiète la FIDH et ses collaborateurs. Alexis Deswaef cite notamment la dissolution de plusieurs partis politiques, la fermeture de médias à forte audience, les restrictions concernant le droit de réunion et de manifestation ainsi que les difficultés rencontrées par certaines organisations de la société civile pour obtenir leur agrément : « Sans liberté d’expression, pas de démocratie », a-t-il insisté. Il appelle les autorités à garantir un environnement permettant aux journalistes de continuer à informer librement les citoyens.

La FIDH demande de garantir la liberté d’association, le droit de manifester pacifiquement et la liberté de la presse. Elle plaide en outre pour l’adoption d’un cadre juridique destiné à assurer la protection des défenseurs et défenseuses des droits humains et pour la mise en place de mécanismes nationaux indépendants de promotion et de protection des droits humains.

Cas des disparitions forcées et fosses communes

Autre dossier soulevé par l’organisation : les disparitions forcées et les découvertes de fosses communes. Alexis Deswaef affirme avoir directement interpellé le Premier ministre et le procureur général près la Cour d’appel de Conakry sur la question. Le PM se serait engagé à interpeller son ministre de la Justice, tandis que Fallou Doumbouya, pour ne rien dire, se serait retranché derrière le secret de l’enquête. Pour la FIDH, les autorités guinéennes doivent mener des enquêtes « indépendantes et approfondies » sur ces questions. L’organisation estime que les autorités guinéennes doivent notamment procéder à des prélèvements  ADN, afin d’identifier les corps avant leur inhumation et de déterminer, le cas échéant, s’ils peuvent être liés à certaines personnes portées disparues : « Le silence sur ce dossier des disparitions forcées et des fosses communes serait insupportable et injustifiable », a averti le président de la FIDH.

L’OGDH (Organisation guinéenne de défense des droits de l’Homme et du citoyen) avait aussi participé à la conférence de pesse.

Yacine Diallo

Navigation de l’article
Tags: Guinée News

Comments (0)

No comments yet. Be the first to share your thoughts!