Crise à la Banque centrale : le syndicat des travailleurs dépose un préavis de grève
La tension monte à la Banque Centrale de la République de Guinée (BCRG). La délégation syndicale de l’institution a déposé un préavis de grève couvran...
La tension monte à la Banque Centrale de la République de Guinée (BCRG). La délégation syndicale de l’institution a déposé un préavis de grève couvrant la période du lundi 10 au jeudi 20 août 2026. À l’origine de cette décision, le blocage de la signature du protocole d’accord issu des négociations autour de la plateforme revendicative 2026. En l’absence de cette signature au terme du préavis, la délégation syndicale menace de déclencher une grève à durée indéterminée, a appris notre rédaction à travers un de ses reporters.
Au cours d’un point de presse tenu par la délégation syndicale ce vendredi, 7 août 2026, Aboubacar Sidiki Camara, secrétaire général adjoint du syndicat de la BCRG, est revenu sur les raisons de cette décision. Selon lui, le syndicat avait déjà engagé des démarches auprès de la direction de la Banque centrale afin de trouver une solution aux revendications des travailleurs. Mais face à l’absence de résultats satisfaisants, les travailleurs ont décidé de passer à une nouvelle étape.
« Nous avons déposé un préavis de grève tout récemment, parce que nous avons mené des actions qui n’ont pas abouti. Comme les exercices précédents, en 2026, la délégation syndicale a formulé une plateforme revendicative. De cette plateforme revendicative, nous précisons que l’essentiel des points inscrits dans cette plateforme revendicative sont des points qui ont été reportés de 2025 pour 2026 à la demande des autorités de la Banque centrale. Nous avons constaté que, malgré la signature du protocole 2025, les autorités n’étaient pas dans la logique d’exécuter les points saillants. Donc nous avons jugé nécessaire de mettre ces points saillants comme préalables avant toute discussion au compte de l’exercice 2026 », a-t-il dit.
Selon la délégation syndicale, certains points saillants du protocole d’accord de 2025 non exécutés étaient présentés comme des préalables a toutes négociations en 2026 parmi lesquels figurent la prise en charge sanitaire des travailleurs. Elle affirme que plusieurs dossiers de malades validés par le collège médical seraient restés sans suite, évoquant notamment des cas de malades paralysés et des cas de décès, la reprise des travailleurs de la BCRG revenus de détachement (ministère et autres institutions), la subvention pour les cantines. Une fois ces préalables satisfaits, les négociations ont commencé sur les points de la plateforme revendicative pour l’année 2026. Au-delà des revendications sociales, le syndicat affirme que les négociations portant sur la plateforme revendicative 2026 avaient pourtant abouti à un consensus entre les deux parties.
Selon Aboubacar Sidiki Camara, les discussions, conduites avec le deuxième vice-gouverneur mandaté par le gouverneur, avaient permis de trouver un accord sur les neuf points inscrits à l’ordre du jour et de rédiger un projet de protocole d’accord.
« Nous avons commencé les discussions autour de la plateforme revendicative 2026, qui comportait neuf points. Les négociations ont été menées avec le deuxième vice-gouverneur, qui nous a assuré avoir le plein mandat du gouverneur pour discuter avec la délégation syndicale. Un accord de principe a été obtenu et un projet de protocole d’accord a été élaboré. Après les observations des deux parties pendant 72 heures, les autorités étaient d’accord sur le contenu du protocole. Il ne restait que la signature. Mais au moment de passer à cette étape, M. le gouverneur a invoqué l’absence du secrétaire général, Lanfia Touré. Nous lui avons expliqué que le syndicat fonctionne comme une équipe et que, lorsque le titulaire est absent, son suppléant peut prendre le relais. Le gouverneur a ensuite demandé un délai pour se référer. Nous avons accepté, mais une semaine après, aucune suite n’a été donnée. Pendant ce temps, les travailleurs attendent la signature du protocole, notamment pour inscrire ou réinscrire leurs enfants dans les établissements scolaires. Nous avons attiré son attention sur l’urgence de la rentrée scolaire, mais sa réponse nous a déçus. C’est pourquoi nous avons décidé de déposer un préavis de grève », a-t-il indiqué.
Les responsables syndicaux ont également dénoncé la diffusion, sur les réseaux sociaux, d’informations « mensongères » concernant les rémunérations des agents de la Banque centrale. Ils font notamment référence à un document attribué à un certain Billy Keita, selon lequel le salaire annuel minimum à la BCRG dépasserait 250 millions de francs guinéens.
« Nous avons découvert sur les réseaux sociaux un document attribué à un certain Billy Keita, faisant état des rémunérations très élevées à la BCRG. Nous considérons ces chiffres comme mensongers. Il est notamment indiqué que la rémunération minimale dépasserait 250 millions de francs guinéens par an, soit plus de 20 millions par mois. Moi qui vous parle, je suis à la Banque centrale depuis 2010 et, malgré mon ancienneté et mon grade de chef de service, je ne touche pas 15 millions de francs guinéens nets par mois. Nous demandons donc aux autorités de venir débattre publiquement de ces chiffres et de dire également combien gagne le plus payé de la Banque centrale et quels sont ses avantages. Certains éléments du protocole non encore signé ont aussi été présentés comme des revendications excessives. La délégation syndicale n’a jamais demandé d’augmentation de la prime d’habillement. La prime d’intéressement de 10 % n’a jamais été une exigence nouvelle. Quant à la prime de 14e mois, je pense que ce serait une honte pour une Banque centrale de la présenter comme une demande excessive, surtout que les banques premières ont cette prime depuis 2021. Nous estimons que la diffusion de chiffres exagérés met les travailleurs en insécurité. Nous condamnons avec la dernière énergie cette façon de communiquer et demandons à chacun de rester serein. La BCRG existe depuis plus de 60 ans. Nous voulons préserver son autonomie et son indépendance et défendre les intérêts des travailleurs dans l’intérêt supérieur de l’institution et de la nation. Nous demandons simplement que les engagements pris soient respectés et que le protocole d’accord soit signé », a dit Aboubacar Sidiki Camara.
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